L’enfant et la culture

Par Claude Daigneault

  « La culture, c’est comme la boisson , il y en a qui ne portent pas ça. »

Proverbe anonyme, populaire au début des années 1950 au Québec 

Je m’autorise à parler de la culture et de l’enfant parce que je suis né à une époque où la radio, les quotidiens et les livres de classe étaient les quasi uniques moyens pour un enfant de s’ouvrir au monde qui l’entourait. Chez la classe populaire, le livre n’était pas une nécessité indispensable. Ce qui importait, c’était de parvenir à payer le loyer mensuel, quitte à rogner sur le budget alimentaire.

Dernier d’une famille de sept enfants, j’ai passé mon enfance à tenter de trouver un moyen de « m’occuper » comme on disait à l’époque. Ma mère était une mordue de la radio qu’elle mettait en marche dès le lever de la famille, et qu’elle ne faisait taire qu’au coucher. J’en savais autant qu’elle sur les mésaventures des personnages des nombreux romans-savons radiophoniques qui me faisaient dire : « Hé que c’est plate! J’sais pas quoi faire! » Immanquablement, la réponse de ma mère fusait : « Lis un livre! »

J’ignore si c’est parce qu’elle voulait m’empêcher de faire des mauvais coups avec les p’tits voisins, tout aussi désœuvrés que moi, mais je l’en remercie aujourd’hui.

Elle m’apprit l’alphabet avant même mon entrée au primaire, alors que, petit à petit, les livres faisaient leur apparition dans notre famille, grâce aux quelques rares prix scolaires que les aînés recevaient à la fin des classes. Des livres « pas d’images » comme on disait à l’époque. Puis, certains cadeaux de Noël cessèrent d’être du «linge» pour se transformer en contes illustrés, en album de Tintin ou Spirou. Et l’encyclopédie Grolier aboutit un jour dans notre appartement minuscule, grâce à la plus âgée de mes sœurs qui avait son premier travail et payait les volumes par mensualités.

Je saute la fin de cette enfance pas si malheureuse pour aborder une autre étape. Les Frères maristes, qui m’enseignaient au primaire, eurent l’idée

géniale de ramasser des livres usagés et de les mettre à la disposition des élèves. J’avais aussi des amis de mon âge qui me permettaient de lire leurs livres, pendant qu’ils lisaient les miens. Ma mère comblait les moments creux en m’amenant en autobus quelques kilomètres plus loin à la Bibliothèque municipale.

Le coup de foudre !

Tous ces rayons occupés par des centaines de livres, dont plusieurs réservés à l’enfance. J’étais tombé littéralement en amour avec les livres et le contenu qu’ils me réservaient, qu’ils m’expliquaient.

Apprendre… Quel mot merveilleux ! Comme tous ces autres qui me sautent à l’esprit tel : prendre, partager, donner, offrir, apporter…

Et au secondaire, je fis l’apprentissage d’une autre découverte, celle de la Bibliothèque du petit séminaire de mon cours classique (une institution fondée en 1875) recélant des œuvres dont je ne soupçonnais pas l’existence, faisant la connaissance des grands noms de la littérature française et autres.

Je ne renie pas les autres moyens d’apprendre. Mon père, un simple ouvrier, était un passionné de lecture. Chaque jour, le quotidien de la ville que j’habitais, puis un livre scientifique ou un roman suggéré par ma grande sœur avant le coucher. Les fins de semaine, il ajoutait un quotidien ou deux de Montréal et, pendant la retransmission d’un concert de musique classique à la radio, il se replongeait dans la lecture en me faisant ici et là quelques commentaires sur les articles ou les chapitres qui retenaient son attention.

Il m’est resté de cette enfance le sentiment que la culture ne naît pas avec l’individu, mais que l’individu se doit de la chercher où elle se trouve pour la retransmettre à sa manière.

Plus tard, c’est à mes deux fils que j’ai transmis l’amour des livres et la soif de l’apprentissage, comme mes parents l’avaient fait pour moi.

C’est la raison pour laquelle j’ai inscrit sur chacun de mes livres pour les jeunes enfants : « L’enfant à qui l’on apprend à lire apprend à rêver et à s’ouvrir à tout l’univers. »

Le livre n’est pas le seul outil qui contribue à la culture de l’enfant. À notre époque, les chaînes télévisées sont multiples et l’Internet permet même de se procurer gratuitement des études, des romans, des traités d’Histoire, de la poésie, sans compter la retransmission de concerts, de grands films, d’interviews de créateurs, de débats, etc.  Tous ces moyens contribuent, avec les émissions d’information, à former de futures générations de citoyens et citoyennes capables de contribuer à l’évolution de la société et, souhaitons-le, de ceux qui prétendent la gouverner.

Il viendra sûrement le temps où un président des États-Unis ne pourra plus se vanter de n’avoir jamais lu un livre…

Claude Daigneault, écrivain et éditeur

 

 

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