Où est la culture?

Par Réal Chevrette

Quand on parle de la culture, beaucoup de gens croient qu’il est question d’un phénomène étrange, réservé à une certaine élite déconnectée de la réalité. Pourtant, elle est présente dans la vie quotidienne et, je le crois profondément, elle est accessible à toutes et à tous. Pour faire une telle affirmation, il faudrait la fonder sur une conception de la culture qui servira de prémisse à la brève réflexion qui suivra. La définition qui suit ne prétend pas être scientifique. Elle est tout simplement le fruit de mon expérience personnelle de la culture. Mes observations m’ont conduit à dire que la culture est la signature d’une collectivité.

Il m’apparaît comme essentiel, dans un premier temps, de comprendre à quelle collectivité nous appartenons afin de pouvoir décoder notre signature. J’ose prétendre que notre appartenance culturelle est à la fois multiple et unique. Elle est d’abord multiple du fait qu’elle est soumise à diverses influences. En ce qui nous concerne – je parle ici, à titre d’exemple, des francophones qui habitent cette région du monde qui se nomme le Québec – nous sommes tributaires de la culture de nos ancêtres, qu’ils soient originaires de France ou d’ailleurs. Il faut également mentionner que cette culture qu’ils nous ont léguée est toujours vivante et continue à nous habiter. De plus, pour les raisons historiques que nous connaissons, nous avons été et sommes encore influencés par la culture britannique. Nous ne pouvons certes pas négliger le fait que nous habitons l’Amérique et que cette appartenance a, au fil des années, pris une place croissante dans notre vie culturelle. Finalement, par le biais des médias électroniques – radio, télévision, internet et autres réseaux sociaux – nous sommes en communication avec le reste du monde, ce qui contribue à faire de nous, comme le dit l’expression populaire, des «citoyens du monde». Comme le démontre ce rapide survol, nous pouvons affirmer que notre appartenance culturelle est multiple si nous tenons compte des diverses influences auxquelles elle est soumise.

Toutefois, il m’apparaît possible d’affirmer qu’elle est également unique du fait que chaque collectivité, qu’il s’agisse d’un pays ou d’un village, possède une identité qui lui est propre. Cette unicité peut être expliquée par divers facteurs: les individus qui composent la collectivité, leur environnement naturel et humain, la scolarisation, l’accès à l’information, etc. En me fondant sur cette prémisse, il m’apparaît possible d’affirmer qu’il existe une appartenance culturelle loyoloise – je parle ici de mon coin de pays – qui se distingue de l’appartenance berthelaise, norbertoise, mandevilloise, lavaltroise ou cléophassoise. De la même façon, le regroupement de ces appartenances donne naissance à une autre tout aussi unique : l’appartenance d’autréenne. Un exemple me permettra de démontrer la pertinence de cette réflexion. J’ai vécu l’expérience du groupe des Quinze, au sein duquel chaque créateur/créatrice a exprimé son appartenance à une collectivité. Sans tenir compte du mode d’expression utilisé, il était possible, en observant les œuvres, de reconnaître l’unicité du milieu de vie qui avait servi de source d’inspiration.

En me fondant sur cette expérience et sur une foule d’autres observations, il m’est possible d’affirmer que la culture (et ses diverses expressions) constitue la signature d’une collectivité. Il ne faut pas croire que je parle ici uniquement du langage artistique. En effet, la culture n’est pas que le fait des artistes. Elle appartient à toutes et à tous et elle s’exprime aussi bien dans le langage et les gestes quotidiens que dans l’œuvre d’art. C’est ainsi que si vous entendez quelqu’un vous parler de l’eau, du fleuve, des bateaux, des canards et des battures, vous en conclurez très certainement que vous avez affaire à une personne qui habite les îles. Il serait possible de donner d’autres exemples tout aussi typiques et signifiants. Ce que nous reconnaissons ici, c’est à la fois l’unicité de chaque milieu de vie et la signature que portent tous les individus qui le composent. En d’autres termes, chaque collectivité possède sa culture et l’exprime à sa façon.

Quel que soit notre rôle dans une collectivité donnée, nous sommes tous porteurs de sa culture. Nous devons – du moins je le crois – être fiers de cette signature qui nous distingue. Nous devons la communiquer et la transmettre. La culture d’autréenne existe, elle est dynamique et elle nous appartient. À nous toutes et tous de la faire connaître.

Réal Chevrette, homme de lettres et de culture

Ce pays d'eau

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