L’Avent, quatrième épisode : La veillée

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Épisode 4:

Au doux matin de la veille de la Noël (et de la veillée de la noce), y’avait quelque chose dans l’air, une fébrilité auraient dit certains, de l’électricité et des étincelles auraient juré d’autres. Mais en tout cas ce que les jeunes Beaupré ont vite remarqué, c’était que y’avait de l’électricité dans les murs parce que la mère et le père étaient dans cuisine depuis déjà longtemps alors même que le matin était encore jeune, en train d’essayer de préparer le festin de la soirée.

Les quatre ronds de la cuisinière étaient occupés à faire cuire des mets, le fourneau était plein et lâchait pas et y’avait même deux ou trois chaudrons directement sur le poêle à bois dans le salon. Mais même avec tout ça, on fournissait pas, c’était évident. Il a donc été décidé, sans avoir trop besoin d’en parler, d’aller faire la tournée des voisins qui étaient parmi les invités pour leur demander de donner un ou deux petits coups de main et de faire contribuer leurs fourneaux.

Ça fait que pour la troisième fois en trois jours, les jeunes Beaupré ont mis leurs manteaux et aussi leurs tuques et même leurs foulards et ils sont sortis dehors. Ils ont ramassé la luge et l’ont bien remplie, cette fois-là pas avec un sapin ou de l’épicerie, mais avec des tourtières et une cipaille, une couple de pains et du ragoût, des croquignoles et des gâteaux, le tout pas encore cuit, qu’on se le tienne pour dit.

Chez les Dumais, les premiers voisins, ils ont laissé une couple d’affaires, et en partant Matisse leur a dit « vous êtes bien fins, on savait plus quoi faire ». Rendus à la maison Morin les deuxièmes voisins, ils ont laissé deux ou trois petites choses, et en quittant, Claire a dit « ça aide beaucoup, à matin c’était pas rose ». Arrivés chez les Boisjoly les troisièmes voisins, ils ont laissé ce qui restait, et en s’en retournant Calixte a dit « merci, ça nous soulage vraiment ».

Et les jeunes Beaupré sont repartis vers leur chez-eux quand même assez heureux et pas mal soulagés, on peut le deviner. En quelques minutes la maison était en vue et on voyait bien que y’avait eu des développements de ce côté-là.

Matisse : Ah coudonc y’a une auto dans l’entrée.

Claire : La visite commence déjà à arriver?

Calixte : Pas juste ça, c’est les mariés.

Et comme de fait, c’était matante Alice et mononcle Hermas, ni plus ni moins, et c’était assez pour qu’ils partent à la course pour le reste du chemin. Le tourtereau et la tourterelle étaient au salon en train de finaliser les choses pour les célébrations, et quand les jeunes Beaupré sont arrivés, tout ce beau monde-là s’est enlacé et on a pris une couple de minutes pour se lancer par la tête des « félicitations » et des « joyeux Noël » et des « pareillement ».

Le reste de la matinée et de l’après-midi ont passé vite fait et bien fait, comme sur un nuage, comme dans un mirage. Et puis tout d’un coup c’était l’heure d’aller se mettre du linge propre et Matisse avait pas fini de mettre ses souliers polis et Claire venait à peine de se passer le peigne et Calixte achevait à l’instant de se brosser les dents que ça cognait à la porte et que les invités commençaient à arriver pour de vrai.

En premier se sont pointés les Boisjoly avec leur Madelie et des croquignoles et des gâteaux bien chauds, suivis de près par les Morin qui transportaient un chaudron de ragoût et quelques pains, eux-mêmes talonnés par la famille Dumais au grand complet, qui eux aussi rapportaient les mets qu’on leur avait confiés plus tôt dans la journée. Mais ça c’était juste les gens du rang, arrivés plus tôt parce qu’ils habitaient à côté. Dans l’heure qui a suivi, on a aussi vu des amis du village et du rang d’en arrière, de la famille et de la parenté proche et éloignée, quelques rapportés du village d’à côté et même l’ancienne Jadis Meunier avait pris le temps de se déplacer.

La maison avait jamais été aussi pleine, ça c’est sûr, c’était facile de se marcher sur les pieds, et tout ce beau monde-là avait apporté des cadeaux pour les mariés, et même des fois un petit quelque chose pour les hôtes. On avait commencé à les empiler en dessous du sapin, mais ça a pas été long que c’était plein, et que la pile s’est étendue un peu partout à terre et jusqu’au plafond ou presque.

Juste quand on sentait que le monde commençait à avoir faim et qu’on trouvait que ça serait temps qu’arrive le curé, comme de fait, le curé est arrivé. À partir de là les choses ont déboulé, parce que dans le temps c’était pas compliqué. Un instant de silence dans la veillée, quelques mots du curé et un petit baisé échangé entre les deux amoureux, le tout couronné par des applaudissements et beaucoup d’agrément, et vite de même, ils étaient mariés, rien de plus simple. Après ça, les bonnes gens ont commencé à manger et aussi à boire un peu, puis quand enfin sont arrivés les violoneux, ça c’est mis à danser et chanter, on s’en doute un peu. On raconte qu’on aurait même vu Madelie Boisjoly giguer un brin, ce qui n’est pas rien.

Plus tard dans la soirée, monsieur le curé est parti un peu avant minuit, et Claire était contente de pas avoir besoin d’aller à la messe. Encore plus tard dans la nuitée, c’était assez évident qu’on irait pas se coucher de sitôt, et Calixte était content de rester debout avec les grands. Beaucoup plus tard dans la veillée, tout le monde était festif et pas pire permissif, et Matisse était content d’avoir réussi à avoir une gorgée de caribou de matante Alice.

Puis, tôt au petit matin, quand la veillée tirait à sa fin, les jeunes Beaupré sont sortis sur la galerie pour prendre l’air et se rafraîchir les esprits. C’était l’aube dans le ciel et on devinait que l’aurore était pas loin, Matisse, Calixte et Claire, personne ne disait rien, parce que des fois on n’en a pas besoin. Juste quand le froid s’est fait trop insistant et que les jeunes Beaupré se préparaient à rentrer, ils ont croisé l’ancienne Jadis Meunier qui tranquillement partait et elle a pris un moment pour leur souhaiter un joyeux Noël et aussi une bonne année.

***

Et, c’est bien agréable qu’on ait pris un petit instant pour se tirer une bûche et se rassembler ensemble, qu’on en ait profité pour se conter les bons moments d’un temps des Fêtes qui appartient déjà au passé. Ça se serait passé, si on veut bien le croire, dans un petit village endormi parmi les champs, un simple village au nom oublié. Et si notre mémoire a trop souvent tendance à oublier, les quelques jours dont tranquillement on vient de se jaser ne sont pas près de s’effacer de celle de la famille Beaupré.

 

 

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